Comment photographier les Roms? Les tsiganes? les gens du voyage? Quel nom? Quel type de population?
Portraits en situation
Occupation du territoire. Terrains d'accueil à côté d'autoroutes et usines, décharges.
Collecter leurs paroles, leurs histoires.
Notion du voyage : "stationnement durable" et "circulation habitable"/ Paul Virillio
Quel nomadisme aujourd'hui?
A l'heure des téléphones et ordinateurs portables, de la mobilité permanente, sommes tous devenus nomades? Quel nomadisme autorise-t-on? Est-ce que le nomadisme n'est pas institutionnalisé? Celui qui se fait librement, culturellement, est-il encore possible?
Les nomades font peur, ils viennent d'on ne sait où et repartent. On ne peut pas les raccrocher à un territoire particulier, ils évoluent selon leurs besoins, leurs envies, hors du circuit "normal".
La perception du territoire par les personnes comme moi qui se déplacent se fait de point en point. Je prends le train, l'autoroute, l'avion, etc d'un point A vers un point B. Les aires d'autoroutes, les gares, les aéroports se ressemblent où que j'aille, ils répondent à des critères d'organisation particuliers ce qui fait que je m'y repère facilement. Mon appréhension du territoire se fait donc point par point, en pointillé. Je n'appréhende pas les lieux dans leur étendue. Je ne marche pas très longtemps (métro d'une station à une autre). Si bien que je ne sais pas vraiment ce qui s'opère entre le point A et le point B, ce territoire n'existe pas pour moi. Les zones commerciales, par exemple permettent difficilement le déplacement à pied ou à vélo, le lieu est fait pour s'y déplacer en voiture, si bien que je suis dans une mouvance forcée d'un lieu à un autre, je dois respecter une certaine vitesse, je ne peux pas stopper à n'importe quel endroit.
Est-ce que les nomades sont dans une appréhension du territoire par son étendue? Le fait qu'on place les aires d'accueil des gens du voyage à côté de l'autoroute, des sites d'activités, n'est peut être pas seulement pour les mettre en marge, néanmoins, il sont placés sur des terrains étendus (?) et disponibles, je ne sais pas s'il y en a à d'autres endroits, proches des métropoles. La localisation des aires d'accueils se fait précisément là où il est difficile de s'arrêter si on n'avait pas prévu de le faire. Je vois les terrains depuis l'autoroute, il n'y a pas de sortie à côté. Je ne peux pas m'arrêter pour les rencontrer. Je les vois de loin, ils sont en contrebas, je suis au dessus. Ils sont arrêtés, je circule.
Ils font peur en même temps qu'ils fascinent. Ils ne sont pas comme nous, ils vivent dans des caravanes, en communauté selon des rituels qui nous sont inconnus. Ce qui nous fascine c'est peut être l'image véhiculée par leur culture, de saltimbanques, êtres libres, indépendants d'un état, d'une nation, mais dépendant d'une famille, d'une culture.
Leur culture est-elle toujours aussi présente ou s'est-elle diluée dans la culture du pays d'accueil?
On met tous les tsiganes dans des caravanes en pensant qu'ils sont culturellement nomades alors que certains sont sédentarisés depuis des générations. On pense pour eux. On ne les invite pas dans des débats les concernant (Lille conf. du sociographe) alors qu'ils sont les premiers concernés. Quel crédit accorde-t-on à leur parole? Vaut-elle moins que celle des personnes qui étudient leur condition?
Quand on met en place des dispositifs d'accueil, leur demande-t-on leur opinion? ce qu'ils veulent? Rarement. Les associations et collectivités locales pensent pour eux, savent ce qui est mieux pour eux? Il y a un discrédit de leur parole, elle semble moins importante que celle des gens comme vous et moi.
On assume qu'ils veulent vivre dans des caravanes, n'est-ce pas pour se conforter dans des stéréotypes? Pour qu'ils continuent de correspondre à l'image que l'on se fait d'eux?
Des personnes qui restent différentes, qui ne vivent pas "comme nous", sont par leur différences aussi mises en marges. Hors, dans une société qui souffre, quand des travailleurs avec la même nationalité que soi, le même genre de vie, quand des travailleurs ne peuvent assumer un confort après lequel elles courent, il nous est difficile de considérer le confort de celui qui est différent. Si je veux sensibiliser une population à une autre population, celle-là minoritaire, sur ses conditions de vie, c'est difficile car la population majoritaire voudra d'abord que ses semblables aient ce qu'ils souhaitent (confort, pouvoir d'achat, maison, etc.) avant de se préoccuper de ceux qui ne font pas partie de leurs semblables.
C'est-à-dire, si le plus pauvre des travailleurs n'a pas un toit décent où loger, alors il est difficile pour une personne qui a un mode de vie différent, qui ne se soumet pas aux règles de la société de prétendre à un toit décent pourvu par cette société. En clair, les aides sociales sont d'abord pour ceux qui ont respecté, se sont soumis aux règles de cette société. La division des plus démunis, du peuple s'opère et annule alors la possibilité d'une lutte commune pour des droits communs.
mercredi 8 avril 2009
mardi 7 avril 2009
DAY 1
Je suis arrivée il y a une semaine, invitée en résidence par le centre de la photographie Nord Pas de Calais, avec le centre d'art l'H du siège à Valenciennes. Je vais vivre et travailler ici pour trois mois, d'avril à juin 2009.
Je travaille sur les populations en marge sociale et spatiale, en utilisant la photographie et le graphisme. Pendant ces trois mois, je m'intéresserais à la population des "gens du voyage" et ce blog me servira de journal de bord tout au long du projet.
Alors à bientôt.
V.
Je travaille sur les populations en marge sociale et spatiale, en utilisant la photographie et le graphisme. Pendant ces trois mois, je m'intéresserais à la population des "gens du voyage" et ce blog me servira de journal de bord tout au long du projet.
Alors à bientôt.
V.
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